LE VILLAGEOIS ET LE SERPENT

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Ésope conte qu’un Manant
Charitable autant que peu sage,
Un jour d’Hiver se promenant
A l’entour de son héritage,
Aperçut un Serpent sur la neige étendu,
Transi, gelé, perclus, immobile rendu,
N’ayant pas à vivre un quart d’heure.
Le Villageois le prend, l’emporte en sa demeure ;
Et sans considérer quel sera le loyer
D’une action de ce mérite,
Il l’étend le long du foyer,
Le réchauffe, le ressuscite.
L’Animal engourdi sent à peine le chaud,
Que l’âme lui revient avecque la colère.
Il lève un peu la tête, et puis siffle aussi-tôt,
Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut
Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père.
Ingrat, dit le Manant, voilà donc mon salaire ?
Tu mourras. A ces mots, plein d’un juste courroux
Il vous prend sa cognée, il vous tranche la Bête,
Il fait trois Serpents de deux coups,
Un tronçon, la queue, et la tête.
L’insecte sautillant, cherche à se réunir,
Mais il ne put y parvenir.

Il est bon d’être charitable :
Mais envers qui, c’est là le point.
Quant aux ingrats, il n’en est point
Qui ne meure enfin misérable.

Source : Édition Barbin et Thierry (1668-1694) – Livre VI. Texte modernisé.

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