AVENTURE DE TROIS ÉTUDIANTS

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Au cours de l’année 1886, une série d’événements sur lesquels je n’ai pas à insister nous obligea, Sherlock Holmes et moi, à passer plusieurs semaines dans une de nos grandes villes, chef-lieu d’une Université. C’est pendant cette période que se passa l’aventure que je vais raconter. Je n’ai pas besoin de dire que tout détail pouvant faire deviner au lecteur soit l’Université, soit les personnages en cause, sera soigneusement caché avec le plus grand soin, car un scandale si douloureux ne doit pas être dévoilé. Il m’est cependant permis, en usant d’une rigoureuse discrétion, d’écrire ce récit qui fera voir, une fois de plus, les remarquables qualités de mon héros, tout en faisant de mon mieux pour empêcher qu’on puisse découvrir le lieu où les faits se sont passés et l’identité des acteurs.

Nous habitions un appartement meublé auprès d’un libraire, chez lequel Sherlock Holmes passait une partie de son temps à fouiller laborieusement les archives de vieux chartriers du moyen âge. Ses recherches, d’ailleurs, eurent des résultats si surprenants qu’elles feront peut-être, plus tard, l’objet d’un de mes récits. Ce fut dans cet appartement qu’un soir nous reçûmes la visite d’une de nos connaissances, M. Hilton Soames, administrateur et maître de conférences au collège de Saint-Luc. M. Soames était un homme de taille élevée, maigre et d’un tempérament très nerveux. Je l’avais toujours connu très agité, mais, à ce moment, il était tellement bouleversé qu’un événement grave venait certainement de se produire.

— J’espère, monsieur Holmes, dit-il, que vous pourrez nous donner quelques heures de votre temps si précieux. Il vient de se produire à notre collège un incident des plus pénibles, et, réellement, si je n’avais pas eu la chance de vous avoir dans la ville, je n’aurais su que faire.

— Je suis très occupé en ce moment-ci, et je serais très contrarié d’être dérangé, dit mon ami. Je préférerais de beaucoup vous voir appeler la police à votre aide.

— Non, non, mon cher monsieur, c’est absolument impossible. Quand l’action publique est mise en mouvement on ne sait où elle s’arrêtera et c’est une affaire au sujet de laquelle il est nécessaire, pour le bon renom du collège, d’éviter tout scandale. Votre discrétion est aussi connue que votre pouvoir ; vous êtes le seul homme au monde qui puissiez m’aider, aussi, je vous supplie, monsieur Holmes, de faire tout ce qui vous sera possible.

Le caractère brusque de mon ami ne s’était pas amélioré depuis qu’il avait quitté Baker Street. L’absence de ses livres, de ses produits chimiques, du désordre apparent de son appartement le mettaient au désespoir. Il haussa les épaules, tandis que notre visiteur, avec force de gestes, nous mit, en quelques mots, au courant de son histoire.

— Je dois d’abord vous expliquer, monsieur Holmes, que demain est le premier jour du concours pour la bourse Fortescue. Je suis l’un des examinateurs pour le grec et j’ai choisi comme sujet une version qu’aucun des candidats n’a eue à traduire. Le texte en est imprimé sur la feuille d’examen et, bien entendu, ce serait un immense avantage si l’un des candidats pouvait préparer à l’avance sa traduction. On a donc pris les plus grandes précautions pour garder le secret.

Aujourd’hui, à trois heures, j’ai reçu les épreuves imprimées. La version se compose de la moitié d’un chapitre de Thucydide. J’ai dû relire les épreuves avec le plus grand soin. À quatre heures et demie, mon travail n’était pas encore terminé, mais, comme j’avais promis d’aller prendre le thé dans l’appartement d’un collègue, j’ai laissé mes épreuves sur mon pupitre. J’ai été absent un peu plus d’une heure.

Vous savez peut-être, monsieur Holmes, que les portes de mon appartement sont doubles ; la première, en serge verte, à l’intérieur ; l’autre, en chêne à l’extérieur, Quand je m’approchai pour rentrer chez moi, je fus très étonné de voir une clef à la porte extérieure ; je crus d’abord à un oubli de ma part, mais je constatai que j’avais la clef dans ma poche. Seul, mon domestique, Bannister, en possédait une autre. Celui-ci est à mon service depuis dix ans ; son honnêteté est au-dessus de tout soupçon. J’ai cependant acquis la conviction que cette clef était bien la sienne, qu’il était entré dans ma chambre pour me demander si je voulais du thé, et, qu’en sortant, il avait commis l’étourderie de laisser la clef à la serrure. Il avait dû entrer dans l’appartement quelques instants seulement après mon départ. À un autre moment sa négligence n’aurait pu avoir aucune suite fâcheuse ; dans les circonstances présentes, elle a eu le plus déplorable résultat. Dès que j’ai aperçu ma table, j’ai constaté qu’on avait fouillé dans mes papiers. La version était imprimée sur trois feuilles que j’avais laissées ensemble ; je trouvai l’une d’elles par terre, la seconde sur une petite table près de la fenêtre et la troisième à l’endroit où je l’avais laissée.

Pour la première fois, Holmes fit un mouvement.

— La première feuille par terre !… la seconde près de la fenêtre !… la troisième où vous l’avez laissée !… dit-il.

— Précisément, monsieur Holmes. Vous m’étonnez ! comment avez-vous pu deviner cet ordre ?

— Continuez donc votre récit si intéressant !

— Au premier abord, j’eus l’idée que Bannister avait pris la liberté impardonnable de toucher à mes papiers. Il nia avec la plus grande énergie et je suis convaincu qu’il dit la vérité. C’est donc que quelqu’un a passé devant l’appartement, a remarqué la clef à la serrure, a su que j’étais sorti, et est entré dans le but de copier le texte de la version. Il s’agit, en réalité, d’une grosse somme d’argent, car la bourse est d’un chiffre très élevé et, un homme sans scrupule n’a sans doute pas craint de courir un certain risque dans le but d’obtenir un avantage sur ses concurrents.

Bannister a été bouleversé par est incident et il a failli s’évanouir quand il a su ce qui était arrivé. J’ai même dû lui faire avaler un cordial et je l’ai laissé anéanti sur un fauteuil pendant le temps qu’il m’a fallu pour examiner la pièce. Je constatai que l’intrus avait laissé d’autres traces de son passage. Sur la table, près de la fenêtre, je trouvai plusieurs rognures de bois provenant d’un crayon qui avait dû être taillé, ainsi qu’un morceau de mine de plomb brisé. Évidemment, le gredin avait copié le texte avec une telle vitesse qu’il avait cassé son crayon et avait été obligé de le tailler.

— Très bien, dit Holmes, qui reprenait sa bonne humeur à mesure que son attention s’éveillait.

— Ce n’est pas tout. J’ai, depuis quelque temps, un nouveau bureau recouvert de cuir rouge, et je suis certain, ainsi que Bannister, qu’il n’y avait aucune tache ; or, j’ai trouvé une coupure d’environ trois centimètres de long ; pas une égratignure, mais une véritable coupure. J’ai enfin découvert sur la table, un petit morceau de pâte ou de terre noire, sur lequel j’ai remarqué des parcelles qui m’ont semblé être de la sciure de bois. Je suis persuadé qu’il a été laissé par celui qui a fouillé mes papiers. Il n’y avait, d’ailleurs, aucune empreinte de pas qui pût mettre sur sa trace. Je ne savais plus à quel saint me vouer, quand l’idée m’est venue que vous étiez ici et je me suis hâté de mettre l’affaire entre vos mains. Aidez-moi, monsieur Holmes ; vous voyez d’ici mes ennuis ! Il faut que je trouve l’individu ou que je fasse renvoyer le concours jusqu’au moment où j’aurai eu le temps de faire imprimer un nouveau texte ; il sera, dans ce cas, indispensable de fournir une série d’explications qui feront un tort énorme au collège et à l’Université. Tout ce que je désire, c’est étouffer cette affaire.

— Je serai très heureux de vous aider de mes conseils, dit Holmes en se levant et en passant son pardessus. L’affaire ne manque pas d’intérêt. Est-il venu quelqu’un dans votre chambre après que vous avez eu reçu les épreuves ?

— Oui, le jeune Daulat Ras, un étudiant des Indes, dont la chambre donne sur le palier ; il est venu me demander quelques renseignements sur l’examen.

— Doit-il prendre part au concours ?

— Oui.

— Les papiers étaient-ils sur votre table à ce moment ?

— Autant que je me rappelle, ils s’y trouvaient enroulés.

— Pouvait-on reconnaître que c’était des épreuves ?

— C’est possible !

— Personne autre n’est entré dans votre chambre ?

— Non.

— Quelqu’un savait-il que les épreuves s’y trouvaient ?

— Non, sauf l’imprimeur.

— Bannister le savait-il ?

— Certainement non… personne ne le savait.

— Où est Bannister, maintenant ?

— Le pauvre homme ! je l’ai laissé malade, affalé sur un fauteuil ; j’étais si pressé de venir vous trouver.

— Avez-vous laissé votre porte ouverte ?

— Oui, mais j’ai mis les papiers sous clef.

— Il résulte donc de tout ce que vous m’avez dit, monsieur Soames, qu’à moins que l’étudiant indiqué ait pu reconnaître ce qu’était le rouleau d’épreuves, l’homme qui les a copiées les a trouvées par hasard.

— Cela me paraît certain.

Holmes eut un sourire énigmatique.

— Eh bien, dit-il, allons là-bas. Ce n’est pas une de vos affaires, Watson, mais venez cependant si vous voulez. Maintenant, monsieur Soames, je suis à votre disposition.

« Le cabinet de notre client avait une fenêtre à petits carreaux donnant sur la cour d’honneur du vieux collège et s’ouvrait sur un escalier de pierres, usées par le temps, par une porte en ogive. L’appartement se trouvait au rez-de-chaussée. Au-dessus de lui, habitaient les trois étudiants dont j’ai parlé, un à chaque étage. La nuit commençait à tomber quand nous arrivâmes sur les lieux. Holmes s’arrêta et contempla la fenêtre avec intérêt, puis, en se hissant sur la pointe des pieds, il jeta un coup d’œil à l’intérieur.

— Il n’a pu entrer que par la porte, dit notre guide, car la fenêtre est trop étroite pour laisser passer un homme.

— Vraiment ! dit Holmes, qui sourit d’un air singulier an regardant notre compagnon. Eh bien, puisque nous n’avions rien à examiner ici, nous n’avons qu’à entrer.

Le maître de conférences ouvrit la porte extérieure et nous fit pénétrer. Nous restâmes sur le seuil tandis que Holmes regardait le tapis.

— Je ne vois ici aucune trace de pas, ce qui s’explique facilement par la sécheresse de ces jours derniers. Votre domestique doit être entièrement remis de ses émotions ; vous l’aviez, dites-vous, laissé étendu sur un fauteuil ; lequel ?

— Ici, à côté de la fenêtre.

— Je vois, près de cette petite table… Vous pouvez entrer maintenant ; j’ai suffisamment examiné lé tapis. Voyons maintenant la petite table. Il est facile de se rendre compte comment les choses se sont passées. L’homme est arrivé, a pris, page par page, les épreuves sur le bureau et les a apportées sur cette table près de la fenêtre, parce que de cet endroit il pouvait vous voir traverser la cour et prendre la fuite s’il était nécessaire.

— Il n’a pu me voir, car je suis rentré par une porte de côté.

— Peu importe, telle était son idée ! Voyons maintenant les trois épreuves. Elles ne portent aucune trace de doigts ? Non ! Il a d’abord pris la première page et l’a copiée. Combien de temps cela a-t-il pu lui prendre en abrégeant autant que possible ? Un quart d’heure au moins. Il a jeté ensuite cette feuille et a saisi la seconde. Il devait l’avoir à moitié copiée ; quand votre retour l’a obligé à une fuite rapide,… très rapide, car il n’a pas eu le temps de remettre en place les papiers, ce qui devait vous faire deviner qu’on y avait touché. Vous ne vous rappelez pas avoir entendu des pas précipités quand vous avez ouvert la porte ?

— Non, je ne m’en souviens pas.

— Il a écrit avec une telle ardeur qu’il a cassé son crayon et a été obligé de le tailler, ainsi que vous l’avez constaté vous-même. Ce point est capital, Watson. Le crayon était très gros et la mine de plomb en était très douce. L’enveloppe extérieure était peinte en bleu foncé, le nom du fabricant y était inscrit en lettres d’argent et il doit en rester environ quatre centimètres. Cherchez le crayon, monsieur Soames, et vous trouverez l’homme. J’ajouterai que la lame de son couteau était longue et mal aiguisée.

M. Soames paraissait quelque peu étonné de toutes ces découvertes.

— Je vous suis bien sur tous les points, mais en ce qui concerne la longueur…

Holmes montra une des rognures avec les lettres NN, suivies d’un espace net sur le bois.

— Vous saisissez ?

— Non, pas même maintenant !

— Watson, vous n’êtes pas le seul à avoir la compréhension lente. Vous savez pourtant que le plus important fabricant de crayons est Johann Faber. N’est-il donc pas évident que les deux lettres en question sont les deux dernières du nom de Johann.

Il tourna la petite table vers la lumière électrique.

— J’avais espéré que si le papier sur lequel il avait écrit était très mince, il serait resté des traces de son écriture sur cette surface unie, mais je n’en vois pas. Nous n’avons plus rien à apprendre ici. Allons examiner le bureau. Voilà sans doute un morceau de la terre noire dont vous m’avez parlé : il a la forme d’une pyramide en creux et il porte, en effet, des traces de sciures de bois. Vraiment, ceci est très intéressant ! La coupure dont vous m’avez parlé est une véritable déchirure. Je vous remercie, monsieur Soames, d’avoir appelé mon attention sur cette affaire. Dans quel appartement ouvre cette porte ?

— Dans ma chambre.

— Y êtes-vous entré depuis ?

— Non, je me suis rendu directement chez vous.

— Je serais heureux d’y jeter un coup d’œil. Vous avez là une jolie chambre, d’une architecture remarquable. Voulez-vous avoir l’amabilité d’attendre sur le seuil pendant que j’examinerai le parquet ?… Allons je ne vois rien ! Vous pendez vos vêtements derrière ce rideau ? Si quelqu’un avait eu à se dissimuler dans cette chambre, nul doute qu’il n’eût choisi cet endroit, car le lit est trop bas et l’armoire trop étroite. Il n’y a personne, je pense.

Quand Holmes tira le rideau, je vis bien à son attitude qu’il était prêt à tout événement ; mais le rideau levé ne laissa apercevoir que trois ou quatre complets pendus à leurs porte-manteaux. Holmes allait s’éloigner quand, tout à coup, il aperçut quelque chose à terre.

— Qu’est ceci ? dit-il.

C’était un morceau de terre noire d’une forme pyramidale exactement semblable à celle que nous avions trouvée sur le bureau. Holmes la mit dans le creux de sa main et l’examina sous la lampe électrique.

— Votre visiteur semble avoir laissé des traces aussi bien dans votre chambre que dans votre petit salon, monsieur Soames.

— Qu’a-t-il pu venir faire ici ?

— C’est assez clair à mon avis : vous êtes entré inopinément et il n’a soupçonné votre arrivée que lorsque vous êtes parvenu à la porte. Que pouvait-il faire ? Il a pris tout ce qui pouvait le trahir et a couru se cacher dans votre chambre à coucher.

— Vous pensez donc, monsieur Holmes, que lorsque je parlais avec Bannister dans mon petit salon, sans le savoir, nous tenions le prisonnier, celui qui venait de faire le coup ?

— Je le crois.

— Voyons, il doit y avoir une autre hypothèse, monsieur Holmes. Avez-vous observé la fenêtre de ma chambre à coucher ?

— Elle a des petits carreaux bordés de plomb, trois fenêtres jumelées ; l’une d’elles peut permettre le passage d’un homme.

— Précisément, et elle donne sur un angle de la cour. Le gaillard a pu entrer par là dans ma chambre, y laisser ses traces en passant et se sauver par la fenêtre extérieure laissée ouverte.

Holmes secoua la tête avec impatience.

— Soyons pratiques, dit-il. Il y a trois étudiants qui habitent votre quartier et sont obligés de passer devant votre porte pour entrer chez eux ?

— Oui.

— Ils sont tous candidats à la bourse ?

— Oui

— Avez-vous des motifs d’en soupçonner un plutôt que les autres ?

Sconses hésita.

— C’est une question bien délicate, il est difficile, d’exprimer un soupçon quand on n’a pas de preuves.

— Voyons les soupçons et je chercherai les preuves.

— Je vais vous dépeindre en quelques mots le caractère de chacun d’eux. Celui qui habite le premier étage s’appelle Gilchrist, c’est un garçon très studieux et de plus un athlète, il fait partie du cricket du Rugby et de celui du collège ; sportsman très distingué et très beau garçon. Son père était Sir Jabez Gilchrist qui s’est ruiné sur le turf. Cet étudiant est très pauvre, mais c’est un travailleur et il arrivera.

Le second étage est habité par Daulat Ras, originaire des Indes, jeune homme très calme, très renfermé comme tous ceux de sa race. Il travaille bien, quoique le grec soit sa partie faible ; il est studieux et méthodique.

Le troisième étage est occupé par Miles Mac-Laren. C’est un sujet brillant quand il veut travailler, une des plus belles intelligences de l’Université ; mais il est inconstant, n’a pas de principes. Il a failli être expulsé pendant sa première année, à la suite d’une histoire de jeu. Il n’a rien fait pendant ce trimestre et l’examen doit lui causer une certaine appréhension.

— En un mot, c’est lui que vous soupçonnez ?

Je n’irai pas jusque-là, mais des trois jeunes gens, c’est lui qui est le plus capable d’avoir fait le coup.

— Maintenant, dit M. Holmes, je serais très heureux de voir votre domestique.

Bannister était un homme de petite taille qui touchait à la cinquantaine, son visage était pâle et entièrement rasé, ses cheveux grisonnants. Il paraissait encore ému de cette affaire qui venait de troubler la routine de son existence. Sa figure grave était secouée de mouvements nerveux, et ses doigts ne pouvaient rester immobiles.

— Nous sommes en train de faire une enquête au sujet de cette malheureuse affaire, lui dit son maître.

— Oui, monsieur.

— Il paraît, dit Holmes, que vous avez oublié votre clef à la porte ?

— Oui, monsieur.

— N’est-ce pas une coïncidence extraordinaire que cet oubli ait eu lieu précisément le jour où les épreuves se trouvaient dans l’appartement ?

— C’est très malheureux, monsieur, mais cela m’est déjà arrivé d’autres fois.

— Quand êtes-vous entré dans la chambre ?

— Il était à peu près quatre heures et demie ; c’est généralement à cette heure-là que M. Soames prend son thé.

— Combien de temps y êtes-vous resté ?

— Quand j’ai vu qu’il était absent, je me suis retiré de suite.

— Avez-vous regardé les papiers sur le bureau ?

— Bien sûr que non, monsieur.

— Comment se fait-il que vous ayez laissé la clef à la porte ?

— J’avais le plateau à thé entre les mains, et je me suis dit que je reviendrais chercher la clef, puis j’ai oublié.

— La serrure de la porte extérieure ferme-t-elle d’elle-même au loquet ?

— Non, monsieur.

— Alors, elle est restée ouverte tout le temps ?

— Oui, monsieur.

— Une personne qui se fût trouvée à l’intérieur de l’appartement eût pu facilement en sortir ?

— Oui, monsieur.

— Quand M. Soames est entré et vous a appelé, vous étiez très ému ?

— Oui, monsieur ; une chose pareille ne s’est jamais produite depuis les longues années que je suis ici. J’ai failli m’évanouir.

— C’est ce qu’on m’a dit ; où étiez-vous quand vous avez commencé à vous sentir mal à l’aise ?

— Où j’étais, monsieur ?… mais ici, près de la porte.

— C’est singulier, car vous vous êtes assis dans cette chaise là-bas dans le coin, alors que vous en aviez d’autres beaucoup plus près de vous ; pourquoi ne vous êtes-vous pas assis sur l’une de celles-là ?

— Je n’en sais rien, monsieur, cela n’avait pour moi aucune importance.

— Je crois vraiment, monsieur Holmes, qu’il n’a pu s’en rendre compte ; il était très malade, dit le maître de conférences.

— Vous êtes resté ici après le départ de votre maître ?

— Quelques instants seulement, puis j’ai fermé la porte à clef et je suis parti dans ma chambre.

— Qui soupçonnez-vous ?

— Personne, je vous assure, je n’oserais soupçonner quelqu’un, car je ne crois aucun des étudiants de cette Université capable d’accomplir une telle chose, non, je ne le crois pas.

— Merci, cela suffit, dit Holmes… Encore un mot. Vous n’avez parlé à aucun des trois étudiants que vous servez de ce qui s’est passé ?

— Non, monsieur, je n’en ai pas dit un mot.

— Vous n’avez vu aucun d’eux ?

— Non, monsieur.

— Très bien. Maintenant, si vous le voulez bien, nous passerons dans la cour, monsieur Soames.

Trois fenêtres brillaient au-dessus de nous dans l’obscurité.

— Vos trois oiseaux sont dans leur nid, dit Holmes en levant la tête. Tiens… tiens ! il y en a un qui paraît très préoccupé.

C’était l’Indien, dont la silhouette se détachait sur le store ; il marchait vivement de long en large dans sa chambre,

— Je voudrais bien, dit Holmes, si c’est possible, les voir d’un peu plus près ?

— Cela ne souffre aucune difficulté, dit Soames. Ces appartements sont les plus anciens du collège et souvent les étrangers désirent les visiter. Venez, je vous conduirai moi-même.

— Pas de noms, s’il vous plaît, dit Holmes quand nous frappâmes à la porte de Gilchrist.

Un jeune homme de haute taille, blond et mince, nous ouvrit la porte et nous souhaita la bienvenue, dès que Soames lui eût fait connaître le but de notre visite. Cette pièce était un spécimen très curieux de l’architecture du moyen âge. Holmes fut si enthousiasmé qu’il manifesta le désir de dessiner quelques détails sur son carnet. Dans sa précipitation, il brisa son crayon, fut obligé d’en emprunter un au jeune homme et lui demanda également son canif. Le même accident lui arriva dans l’appartement de l’Indien, un petit homme silencieux au nez crochu qui nous regarda d’un air défiant et parut très satisfait quand les études archéologiques de Holmes furent terminées. Je me rendis bien compte que Holmes dans ces deux visites n’avait pas trouvé ce qu’il désirait. Au troisième étage, nous n’eûmes aucun succès. À notre appel, la porte extérieure resta fermée, et nous fûmes reçus par une bordée de paroles malsonnantes.

— Peu m’importe qui vous êtes !… Allez au diable ! dit la voix en colère. C’est demain l’examen, laissez-moi tranquille !

— Quel garçon impoli, dit notre guide, rougissant de colère tandis que nous descendions l’escalier. Il ne savait pas évidemment que c’était moi qui frappais, mais néanmoins, sa conduite a été des plus insolentes, et, dans les circonstances présentes, elle peut paraître bien suspecte.

La réponse de Holmes me sembla bizarre.

— Pourriez-vous me dire exactement quelle est sa taille ?

— Il m’est impossible de vous la faire connaître exactement. Il est plus grand que l’Indien, mais plus petit que Gilchrist. Il doit avoir à peu près cinq pieds six pouces.

— C’est très important, dit Holmes, et maintenant, monsieur Soames, je vais vous souhaiter le bonsoir !

Notre guide jeta un cri d’étonnement et de désespoir :

— Vous n’allez pas me quitter aussi brusquement, monsieur Holmes ! Vous ne semblez pas vous rendre compte de ma situation : c’est demain le concours, il faut que je prenne une décision dès ce soir. Il m’est impossible de le laisser avoir lieu si l’une des compositions a été vue à l’avance. Il faut que je me décide !

— Laissez les choses comme elles sont. Je viendrai de bonne heure demain matin et nous causerons. Je serai peut-être alors en situation de vous dire quoi faire. En tout cas, ne modifiez rien !… rien !

— Très bien, monsieur Holmes.

— Soyez tranquille, nous trouverons un moyen de nous sortir de ces ennuis. Je vais emporter avec moi un peu de cette terre noire et les rognures du crayon. Allons, au revoir !…

Nous sortîmes dans la cour et nous regardâmes les fenêtres éclairées. L’Indien marchait toujours de long en large dans sa chambre, les autres étaient invisibles.

— Eh bien, Watson, qu’en pensez-vous ? demanda Holmes quand nous fûmes sortis dans la rue, c’est un vrai jeu de salon, une partie à trois ! C’est sûrement l’un d’eux, faites votre choix :

— C’est à mon avis ce garçon insolent qui habite le troisième étage : c’est lui, d’ailleurs, qui a la plus mauvaise réputation. L’indien aussi est un garçon rusé. Pourquoi diable se promène-t-il ainsi tout seul dans sa chambre ?

— Il n’y a là rien d’extraordinaire, il y a bien des gens qui se promènent ainsi quand ils apprennent quelque chose par cœur.

— Il nous a dévisagé d’une façon bizarre.

— Vous en auriez sans doute fait autant si une bande d’étrangers était venue vous déranger à une veille d’examen, alors que chaque minute peut avoir une grande importance. Je ne vois rien à redire à cela. Et puis, son canif, son crayon ne correspondent pas. Mais il y a quelqu’un qui me tracasse.

— Qui ?

— Bannister, le domestique. Quel a été son rôle dans tout ceci ?

— Il m’a semblé un homme absolument honnête.

— Et à moi aussi, c’est ce qui m’étonne. Pourquoi un homme parfaitement honnête… ? Allons, voici une librairie, nous allons y continuer nos recherches.

Il n’y avait dans la ville que quatre libraires importants ; à chacun d’eux, Holmes montra ses rognures de crayon et promit de payer un bon prix si l’on pouvait lui en remettre un semblable. Partout on lui dit qu’on pouvait en commander, mais qu’il y en avait rarement de cette taille en magasin. Mon ami ne parut pas ennuyé de ce contre-temps, il se borna à hausser les épaules d’un air résigné.

— Voilà notre dernière piste qui nous manque, dit-il, mais cependant je suis persuadé que nous trouverons la solution de l’énigme. Pardieu ! il est près de neuf heures et notre propriétaire nous a parlé de certains petits pois qu’elle devait accommoder à notre intention pour sept heures et demie. Votre manie de fumer toute la journée et votre irrégularité aux heures de repas feront, sans doute, qu’à la fin on nous priera de chercher un gîte ailleurs, et je devrai partager votre sort. Cependant, il nous faudra, auparavant, résoudre le problème du maître de conférences, de son domestique négligent, et des trois étudiants audacieux.

Holmes ne me parla plus de cette affaire pendant toute la soirée, bien qu’il fût resté longtemps absorbé dans ses pensées après notre dîner retardé. Le lendemain matin, à huit heures, il fit son entrée dans ma chambre comme je venais de finir ma toilette.

— Eh bien, Watson, il est temps de nous rendre à Saint-Luc. Cela ne vous fait-il rien d’y aller sans déjeuner ?

— Bien sûr que non.

— Soames va être dans tous ses états jusqu’au moment où nous lui dirons quelque chose de positif.

— Avez-vous donc quelque chose de positif à lui annoncer ?

— Je le crois.

— Vous avez trouvé la solution ?

— Oui, mon cher Watson, j’ai découvert le mystère.

— Quelle nouvelle preuve avez-vous recueillie ?

— Ah ! ce n’est pas pour rien que je me suis levé à six heures du matin. J’ai eu fort à faire pendant deux heures, j’ai parcouru cinq milles, mais j’ai enfin trouvé quelque chose. Regardez ceci.

Il me montra dans sa main trois morceaux de terre reproduisant en creux la forme d’une pyramide.

— Vous n’en aviez que deux hier, Holmes ?

— J’ai trouvé l’autre ce matin. Je suis certain qu’ils proviennent tous les trois du même endroit, n’est-ce pas, Watson ? Venez, et nous allons tranquilliser ce brave Soames.

Le malheureux maître de conférences était dans un état lamentable quand nous entrâmes dans son appartement. Le concours devait commencer dans quelques heures et il se demandait s’il faudrait rendre l’incident public ou laisser le coupable concourir pour cette bourse de grande valeur. Il pouvait à peine contenir son agitation et il se précipita vers Holmes les mains tendues.

— Dieu merci, vous voilà ! je commençais à craindre que vous n’ayez tout abandonné. Que dois-je faire ? Faut-il laisser le concours avoir lieu ?

— Mais certainement.

— Mais ce gredin ?…

— Il ne prendra point part au concours.

— Vous le connaissez ?

— Je le crois, et si cette affaire doit rester secrète, il faut que nous formions nous-mêmes un tribunal d’honneur. Asseyez-vous là, s’il vous plaît, Soames, vous ici, Watson, et je prendrai un fauteuil au milieu de vous. Voilà !… Je crois que nous sommes suffisamment dignes pour en inspirer au coupable. Ayez la bonté de sonner.

Bannister entra et parut rempli de surprise et de crainte à notre aspect.

— Veuillez fermer la porte, dit Holmes. Et maintenant, Bannister, dites-nous la vérité sur l’incident d’hier.

L’homme devint blanc jusqu’à la racine de ses cheveux.

— Je vous ai tout dit, monsieur.

— Vous n’avez rien à ajouter ?

— Rien absolument, monsieur.

— Eh bien, il faut alors que je vous mette sur la voie. Quand vous vous êtes assis sur cette chaise, hier, n’était-ce pas dans le but de dissimuler un objet quelconque qui aurait pu indiquer la personne ayant pénétré dans l’appartement ?

Le visage de Bannister devint livide.

— Non, monsieur, assurément non !

— C’est seulement une idée, dit Holmes, et j’avoue qu’il m’est impossible d’en fournir la preuve. Mais cette hypothèse me semble fort probable, car aussitôt que M. Soames eut tourné le dos, vous avez délivré la personne qui était cachée dans la chambre à coucher.

Bannister passa sa langue sur ses lèvres desséchées.

— Il n’y avait personne, dit-il.

— Ah ! voilà qui est malheureux, Bannister. Jusqu’à présent, vous avez peut-être dit la vérité, mais, maintenant, je sais que vous mentez.

Le visage de l’homme sembla encore plus défait.

— Il n’y avait personne, monsieur !

— Allons, allons, Bannister !

— Non, monsieur, il n’y avait personne !

— Dans ce cas, vous ne pouvez nous aider, mais restez dans la pièce, s’il vous plaît, là, auprès de la chambre. Maintenant, Soames, ayez donc l’amabilité de vous rendre à l’appartement du jeune Gilchrist et de le prier de descendre ici.

Un instant après, le maître de conférences était de retour et ramenait l’étudiant avec lui. C’était un jeune homme de grande taille, élégant, à la figure ouverte et sympathique ; ses yeux bleus se troublèrent à notre vue et se fixèrent avec une expression de désespoir sur Bannister.

— Fermez la porte, dit Holmes. Maintenant, monsieur Gilchrist, nous sommes seuls ici et personne ne saura jamais ce qui va se passer. Soyons francs les uns et les autres. Nous voulons savoir comment, vous, un jeune homme honorable, avez pu commettre l’action d’hier ?

Le malheureux jeune homme fit un pas en arrière et lança un coup d’œil de reproche à Bannister.

— Non, non, monsieur Gilchrist… je n’ai pas dit un mot, pas un seul, dit le domestique.

— C’est vrai ; mais ce mot, vous venez de le prononcer maintenant, dit Holmes. Vous comprenez, monsieur, qu’après ce que vient de dire Bannister, votre situation est désespérée et qu’il ne vous reste plus qu’à avouer franchement vos torts.

Gilchrist chercha d’abord à reprendre son sang-froid, puis, se jetant à genoux, près du bureau, il se cacha le visage dans les mains et éclata en sanglots.

— Allons, allons, dit Holmes avec bonté. Il est humain de faillir et personne ne vous accusera d’être un pécheur endurci. Peut-être vaut-il mieux que je raconte à M. Soames comment les choses se sont passées : vous m’arrêterez si je me trompe. Le voulez-vous ?… Vous n’avez pas besoin de me répondre, écoutez-moi seulement, afin de faire des corrections à mon récit s’il y a lieu.

Dès le moment où vous m’avez dit, monsieur Soames, que personne, pas même Bannister, ne pouvait savoir que les épreuves se trouvaient dans votre cabinet, l’affaire se dessina nettement dans mon esprit. Il fallait donc écarter tout soupçon à l’encontre de l’imprimeur, qui eût en toute facilité de les examiner chez lui. Je n’ai guère songé à l’étudiant indien ; si les épreuves étaient roulées, il ne pouvait deviner ce qu’elles contenaient. Il me semblait impossible d’admettre une coïncidence qui eût poussé quelqu’un à entrer par hasard dans votre appartement, précisément le jour même où les épreuves y avaient été déposées. J’ai donc laissé cette hypothèse de côté et j’ai estimé que celui qui avait pénétré dans votre cabinet savait que les épreuves s’y trouvaient.

Quand je me suis approché de votre appartement, j’ai d’abord examiné la fenêtre. Vous m’avez même amusé en émettant l’idée que j’avais pu croire, un instant, qu’on avait pu, en plein jour, sous les fenêtres donnant sur la cour, songer à pénétrer par là. Cette pensée eût été stupide ! Non, je calculais tout simplement quelle devait être la taille d’un homme qui pouvait apercevoir, en passant, les papiers placés sur le bureau. J’ai six pieds de haut et j’ai dû me lever sur la pointe des pieds pour voir le dessus du bureau. Donc, il fallait quelqu’un qui eût une taille au moins égale. Mes soupçons devaient donc se porter sur celui de nos trois étudiants qui était le plus grand.

Je suis entré et je vous ai fait part des réflexions que me suggérait la position de la petite table. L’examen du bureau ne me signala rien de particulier, jusqu’au moment où vous m’avez dit que Gilchrist était un athlète et que, par conséquent, il devait savoir sauter ; alors je compris tout et je n’avais plus qu’à chercher une preuve indiscutable. Voici ce qui s’est passé : le jeune homme était allé, dans l’après-midi, sur le terrain de courses, où il s’était livré à des exercices de saut. Il est revenu avec les souliers qui lui servaient à se sport, lesquels sont munis de plusieurs pointes d’acier en forme de pyramide. En passant devant votre fenêtre, sa grande taille lui permit d’apercevoir des épreuves sur votre bureau et il en devina la nature. Il n’eût certainement rien fait s’il n’eût aperçu, en passant devant votre porte, la clef oubliée par la négligence de votre domestique. Une impulsion soudaine le poussa à vérifier si c’était, bien là les épreuves. Ce n’était pas un exploit bien dangereux, car il avait une excuse toute trouvée : celle de dire qu’il était venu vous poser une question. Après s’être rendu compte de la nature de ces épreuves, il céda à la tentation. Il posa ses souliers sur le bureau… À propos, qu’avez-vous donc laissé sur la chaise, près de la fenêtre ?

— Mes gants, dit le jeune homme.

Holmes jeta un regard de triomphe à Bannister.

— Il posa donc ses gants sur la chaise et prit les épreuves, page par page, pour les copier. Il pensa que vous reviendriez par la porte d’entrée principale et qu’il vous verrait rentrer, mais vous êtes rentré par une petite porte de côté. Tout à coup, il vous a entendu ; il n’avait plus le temps de se sauver. Oubliant ses gants, il put saisir ses souliers et se sauva dans votre chambre à coucher. Remarquez que l’égratignure au cuir de votre bureau est légère d’un côté, mais que sa partie la plus profonde se trouve dans la direction de la chambre à coucher. Cela m’a démontré que le soulier a été enlevé dans cette direction et que c’était là où le coupable avait dû se réfugier. La terre, autour de la pointe, était restée sur le bureau et il y en avait un autre morceau dans la chambre. Je dois ajouter que je suis allé jusqu’au terrain de sport ce matin : j’ai vu que la piste à sauter était formée de cette ferre et j’en ai emporté un échantillon, ainsi que de la sciure de bois jetée pour empêcher de glisser. Ai-je dit la vérité, monsieur Gilchrist ?

L’étudiant se redressa de toute sa hauteur.

— Oui, monsieur, dit-il, c’est la vérité.

— Et vous n’avez rien, rien à ajouter, grandi Dieu ? s’écria Soames.

— Pardon, monsieur, mais mon étonnement d’avoir été ainsi découvert m’a totalement bouleversé. Voici une lettre, monsieur Soames, que j’ai écrite ce matin, après une nuit terrible, avant même que j’aie pu soupçonner que ma fraude fût connue… La voici, tous verrez que je vous écris que je suis résolu à ne pas prendre part au concours et que j’accepte l’offre qui m’a été faite d’une place dans la police de Rhodesia. Je vais, sans tarder, partir pour l’Afrique du Sud.

— Je suis très heureux de savoir que vous n’avez pas voulu bénéficier de votre mauvaise action, dit Soames, mais pourquoi avez-vous changé d’idée ?

Gilchrist désigna Bannister.

— Voilà l’homme qui m’a ramené dans la bonne voie.

— Allons, Bannister, dit Holmes. Je vous ai suffisamment démontré que vous seul aviez pu laisser s’enfuir le jeune homme, car vous seul êtes resté dans l’appartement, vous seul avez fermé la porte à clef en sortant. L’hypothèse qu’il ait pu s’enfuir par la fenêtre est inadmissible. Voulez-vous maintenant éclaircir le dernier point du mystère et nous faire connaître les raisons qui vous ont poussé à agir ainsi ?

— C’est bien simple, mais il fallait le savoir et toute votre habileté ne pouvait vous faire deviner ce détail. Autrefois, j’ai été majordome chez Sir Jabez Gilchrist, père de ce jeune homme : après sa ruine, je vins ici comme domestique, mais je n’ai jamais oublié mon ancien maître tombé dans le malheur. En souvenir du temps passé, j’ai toujours continué à veiller sur son fils. Eh bien, monsieur, quand je suis entré ici hier, après la découverte de ce qui s’était produit, le premier objet qui m’a frappé les yeux, a été la paire de gants de M. Gilchrist, oubliée sur cette chaise. J’ai tout compris ; si M. Soames les apercevait, tout était fini ! Je suis donc tombé sur cette chaise d’où je n’ai pas voulu bouger jusqu’à ce que M. Soames fût parti vous chercher. Mon jeune maître, que j’avais jadis fait sauter sur mes genoux, est sorti et m’a tout avoué. N’était-il pas légitime d’essayer de le sauver ? N’était-il pas de mon devoir de lui dire ce que lui eût certainement dit son père s’il eût été là, et de lui faire comprendre qu’il ne devait pas profiter d’un tel acte ? Auriez-vous le courage de me blâmer ?

— Non, certainement, dit Holmes, du fond du cœur en se levant. Eh bien, Soames, ajouta-t-il, nous avons résolu votre énigme, le déjeuner nous attend à la maison, venez, Watson !… Quant à vous, monsieur Gilchrist, je vous souhaite un avenir brillant en Rhodesia. Vous avez commis une faute, mais j’espère que l’avenir vous permettra de la racheter !!!

Source : Nouveaux Exploits de Sherlock Holmes. Renaissance du livre.

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