Archives pour la catégorie Genres

LE VIEUX

Un tiède soleil d’automne tombait dans la cour de ferme, par-dessus les grands hêtres des fossés. Sous le gazon tondu parles vaches, la terre, imprégnée de pluie récente, était moite, enfonçait sous les pieds avec un bruit d’eau; et les pommiers chargés de pommes semaient leurs fruits d’un vert pâle, dans le vert foncé de l’herbage.

Quatre jeunes génisses paissaient, attachées en ligne, et meuglaient par moments vers la maison; les volailles mettaient un mouvement coloré sur le fumier, devant l’étable, et grattaient, remuaient, caquetaient, tandis que les deux coqs chantaient sans cesse, cherchaient des vers pour leurs poules, qu’ils appelaient d’un gloussement vif. Lire la suite

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LE BONHEUR

C’était l’heure du thé, avant l’entrée des lampes. La villa dominait la mer; le soleil disparu avait laissé le ciel tout rose de son passage, frotté de poudre d’or; et la Méditerranée, sans une ride, sans un frisson, lisse, luisante encore sous le jour mourant, semblait une plaque de métal polie et démesurée.

Au loin, sur la droite, les montagnes dentelées dessinaient leur profil noir sur la pourpre pâlie du couchant.

On parlait de l’amour, on discutait ce vieux sujet, on redisait des choses qu’on avait dites, déjà, bien souvent. La mélancolie douce du crépuscule alentissait les paroles, faisait flotter un attendrissement dans les âmes, et ce mot: «amour», qui revenait sans cesse, tantôt prononcé par une forte voix d’homme, tantôt dit par une voix de femme au timbre léger, paraissait emplir le petit salon, y voltiger comme un oiseau, y planer comme un esprit. Lire la suite

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LA PARURE

C’était une de ces jolies et charmantes filles, nées, comme par une erreur du destin, dans une famille d’employés. Elle n’avait pas de dot, pas d’espérances, aucun moyen d’être connue, comprise, aimée, épousée par un homme riche et distingué; et elle se laissa marier avec un petit commis du ministère de l’instruction publique.

Elle fut simple ne pouvant être parée, mais malheureuse comme une déclassée; car les femmes n’ont point de caste ni de race, leur beauté, leur grâce et leur charme leur servant de naissance et de famille. Leur finesse native, leur instinct d’élégance, leur souplesse d’esprit, sont leur seule hiérarchie, et font des filles du peuple les égales des plus grandes dames. Lire la suite

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L’AVEU

Le soleil de midi tombe en large pluie sur les champs. Ils s’étendent, onduleux, entre les bouquets d’arbres des fermes, et les récoltes diverses, les seigles mûrs et les blés jaunissants; les avoines d’un vert clair, les trèfles d’un vert sombre, étalent un grand manteau rayé, remuant et doux sur le ventre nu de la terre.

Là-bas, au sommet d’une ondulation, en rangée comme des soldats, une interminable ligne de vaches, les unes couchées, les autres debout, clignant leurs gros yeux sous l’ardente lumière, ruminent et pâturent un trèfle aussi vaste qu’un lac. Lire la suite

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