Archives pour la catégorie Nouvelles

UNE VEUVE

C’était pendant la saison des chasses, dans le château de Banneville. L’automne était pluvieux et triste. Les feuilles rouges, au lieu de craquer sous les pieds, pourrissaient dans les ornières, sous les lourdes averses.

La forêt, presque dépouillée, était humide comme une salle de bains. Quand on entrait dedans, sous les grands arbres fouettés par les grains, une odeur moisie, une buée d’eau tombée, d’herbes trempées, de terre mouillée, vous enveloppait et les tireurs, courbés sous cette inondation continue, et les chiens mornes, la queue basse et le poil collé sur les côtes, et les jeunes chasseresses en leur taille de drap collante et traversée de pluie, rentraient chaque soir las de corps et d’esprit. Lire la suite

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LA LÉGENDE DU MONT SAINT-MICHEL

Je l’avais vu d’abord de Cancale ce château de fées planté dans la mer. Je l’avais vu confusément, ombre grise dressée sur le ciel brumeux.

Je le revis d’Avranches, au soleil couchant. L’immensité des sables était rouge, l’horizon était rouge, toute la baie démesurée était rouge; seule, l’abbaye escarpée, poussée là-bas, loin de la terre, comme un manoir fantastique, stupéfiante comme un palais de rêve, invraisemblablement étrange et belle, restait presque noire dans les pourpres du jour mourant. Lire la suite

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LE PARDON

Elle avait été élevée dans une de ces familles qui vivent enfermées en elles-mêmes, et qui semblent toujours loin de tout. Elles ignorent les événements politiques, bien qu’on en cause à table; mais les changements de gouvernement se passent si loin, si loin, qu’on parle de cela comme d’un fait historique, comme de la mort de Louis XVI ou du débarquement de Napoléon. Lire la suite

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LA REINE HORTENSE

On l’appelait, dans Argenteuil, la reine Hortense. Personne ne sut jamais pourquoi. Peut-être parce qu’elle parlait ferme comme un officier qui commande? Peut-être parce qu’elle était grande, osseuse, impérieuse? Peut-être parce qu’elle gouvernait un peuple de bêtes domestiques, poules, chiens, chats, serins et perruches, de ces bêtes chères aux vieilles filles? Mais elle n’avait pour ces animaux familiers ni gâteries, ni mots mignards, ni ces puériles tendresses qui semblent couler des lèvres des femmes sur le poil velouté du chat qui ronronne. Elle gouvernait ses bêtes avec autorité; elle régnait. Lire la suite

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