Archives pour la catégorie Zola, Émile (1840-1902)

SŒUR-DES-PAUVRES

I

À dix ans, elle paraissait si chétive, la pauvre enfant, que c’était pitié de la voir travailler autant qu’une servante de ferme. Elle avait les grands yeux étonnés, le sourire triste des gens qui souffrent sans se plaindre. Les riches fermiers qui, le soir, la rencontraient au sortir du bois, mal vêtue, chargée d’un lourd fardeau, lui offraient parfois, lorsque le grain s’était bien vendu, de lui acheter un bon jupon de grosse futaine. Et alors elle répondait : « Je sais, sous le porche de l’église, un pauvre vieux qui n’a qu’une blouse, par ce grand froid de décembre ; achetez-lui une veste de drap, et j’aurai chaud demain, à le voir si bien couvert. » Ce qui lui avait fait donner le surnom de Sœur-des-Pauvres ; et les uns la nommaient ainsi, en dérision de ses mauvaises jupes ; les autres, en récompense de son bon cœur. Lire la suite

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LES VOLEURS ET L’ÂNE

I

Je connais un jeune homme, Ninon, que tu gronderais fort. Léon adore Balzac et ne peut souffrir George Sand ; le livre de Michelet a failli le rendre malade. Il dit naïvement que la femme naît esclave, il ne prononce jamais sans rire les mots d’amour et de pudeur. Ah ! comme il vous maltraite ! Sans doute, il se recueille la nuit pour vous mieux déchirer le jour. Il a vingt ans.

La laideur lui paraît un crime. Des yeux petits, une bouche trop grande, le mettent hors de lui. Il prétend que, puisqu’il n’y a pas de fleurs laides dans les prés, toutes les jeunes filles doivent naître également belles. Quand le hasard le met dans la rue face à face avec un laideron, trois jours durant il maudit les cheveux rares, les pieds larges, les mains épaisses. Lorsqu’au contraire la femme est jolie, il sourit méchamment, et le silence qu’il garde alors est formidable de mauvaises pensées. Lire la suite

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LE SANG

I

Voici déjà bien des rayons, bien des fleurs, bien des parfums. N’es-tu pas lasse, Ninon, de ce printemps éternel ? Toujours aimer, toujours chanter le rêve des seize ans. Tu t’endors le soir, méchante fille, lorsque je te parle longuement des coquetteries de la rose et des infidélités de la libellule. Tes grands yeux, tu les fermes d’ennui, et moi, qui ne peux plus y puiser l’inspiration, je bégaye sans parvenir à trouver un dénouement.

J’aurai raison de tes paupières paresseuses, Ninon. Je veux te dire aujourd’hui un conte si terrible, que tu ne les fermeras de huit jours. Écoute. La terreur est douce après un trop long sourire. Lire la suite

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LA FÉE AMOUREUSE

Entends-tu, Ninon, la pluie de décembre battre nos vitres ? Le vent se plaint dans le long corridor. C’est une vilaine soirée, une de ces soirées où le pauvre grelotte à la porte du riche que le bal entraîne dans ses danses, sous les lustres dorés. Laisse là tes souliers de satin, viens t’asseoir sur mes genoux, près de l’âtre brûlant. Laisse là la riche parure : je veux ce soir te dire un conte, un beau conte de fée.

Tu sauras, Ninon, qu’il y avait autrefois, sur le haut d’une montagne, un vieux château sombre et lugubre. Ce n’étaient que tourelles, que remparts, que ponts-levis chargés de chaînes ; des hommes couverts de fer veillaient nuit et jour sur les créneaux, et seuls les soldats trouvaient bon accueil auprès du comte Enguerrand, le seigneur du manoir. Lire la suite

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