LE SERPENT ET LA LIME

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On conte qu’un serpent voisin d’un Horloger,
(C’ était pour l’Horloger un mauvais voisinage)
Entra dans sa boutique, et cherchant à manger

N’y rencontra pour tout potage
Qu’une Lime d’acier qu’il se mit à ronger.
Cette Lime lui dit, sans se mettre en colère,
Pauvre ignorant ! et que prétends-tu faire ?
Tu te prends à plus dur que toi,
Petit Serpent à tête folle,
Plutôt que d’emporter de moi
Seulement le quart d’une obole,
Tu te romprais toutes les dents.
Je ne crains que celles du temps.

Ceci s’adresse à vous, esprits du dernier ordre,
Qui n’étant bons à rien cherchez sur tout à mordre,
Vous vous tourmentez vainement.

Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages
Sur tant de beaux ouvrages ?
Ils sont pour vous d’airain, d’acier, de diamant.

Source : Édition Barbin et Thierry (1668-1694) – Livre V. Texte modernisé.

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