LE LIÈVRE ET LA PERDRIX

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Il ne se faut jamais moquer des misérables :
Car qui peut s’assurer d’être toujours heureux ?
Le sage Ésope dans ses Fables
Nous en donne un exemple ou deux.

Celui qu’en ces Vers je propose,
Et les siens, ce sont même chose.
Le Lièvre et la Perdrix concitoyens d’un champ,
Vivaient dans un état ce semble assez tranquille :
Quand une Meute s’approchant
Oblige le premier à chercher un asile.
Il s’enfuit dans son fort, met les chiens en défaut ;
Sans même en excepter Briffaut.
Enfin il se trahit lui-même
Par les esprits sortants de son corps échauffé.
Miraut sur leur odeur ayant philosophé,
Conclut que c’est son Lièvre ; et d’une ardeur extrême
Il le pousse ; et Rustaut qui n’a jamais menti,
Dit que le Lièvre est reparti.
Le pauvre malheureux vient mourir à son gîte.

La Perdrix le raille, et lui dit :
Tu te vantais d’être si vite :
Qu’as-tu fait de tes pieds ? Au moment qu’elle rit,
Son tour vient, on la trouve. Elle croit que ses ailes
La sauront garantir à toute extrémité :
Mais la pauvrette avait compté
Sans l’Autour aux serres cruelles.

Source : Édition Barbin et Thierry (1668-1694) – Livre V. Texte modernisé.

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