LE CHAMEAU, ET LES BÂTONS FLOTTANTS

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Le premier qui vit un Chameau
S’enfuit à cet objet nouveau ;
Le second approcha ; le troisième osa faire
Un licou pour le Dromadaire.
L’accoutumance ainsi nous rend tout familier.
Ce qui nous paraissait terrible et singulier,
S’apprivoise avec notre vue,
Quand ce vient à la continue.
Et puisque nous voici tombés sur ce sujet :
On avait mis des gens au guet,
Qui voyant sur les eaux de loin certain objet,
Ne purent s’empêcher de dire,
Que c’était un puissant navire.
Quelques moments après, l’objet devint brûlot,
Et puis nacelle, et puis ballot ;
Enfin bâtons flottants sur l’onde.
J’en sais beaucoup de par le monde
À qui ceci conviendrait bien :
De loin c’est quelque chose, et de près ce n’est rien.

Source : Édition Barbin et Thierry (1668-1694) – Livre IV. Texte modernisé.

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