LE BERGER ET LA MER

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Du rapport d’un troupeau, dont il vivait sans soins
Se contenta longtemps un voisin d’Amphitrite.
Si sa fortune était petite,
Elle était sûre tout au moins.
À la fin les trésors déchargés sur la plage,
Le tentèrent si bien qu’il vendit son troupeau,
Trafiqua de l’argent, le mit entier sur l’eau ;
Cet argent périt par naufrage.
Son maître fut réduit à garder les Brebis ;
Non plus Berger en chef comme il était jadis,
Quand ses propres Moutons paissaient sur le rivage ;
Celui qui s’était vu Coridon ou Tircis,
Fut Pierrot et rien davantage.
Au bout de quelque temps il fit quelques profits ;
Racheta des bêtes à laine ;
Et comme un jour les vents retenant leur haleine,
Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux ;
Vous voulez de l’argent, ô Mesdames les Eaux,
Dit-il, adressez-vous, je vous prie, à quelqu’autre :
Ma foi vous n’aurez pas le nôtre.

Ceci n’est pas un conte à plaisir inventé.
Je me sers de la vérité
Pour montrer par expérience,
Qu’un sou quand il est assuré,
Vaut mieux que cinq en espérance :
Qu’il se faut contenter de sa condition ;
Qu’aux conseils de la Mer et de l’Ambition
Nous devons fermer les oreilles.
Pour un qui s’en louera, dix mille s’en plaindront.
La Mer promet monts et merveilles ;
Fiez-vous-y, les vents et les voleurs viendront.

Source : Édition Barbin et Thierry (1668-1694) – Livre IV. Texte modernisé.

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