LA TÊTE ET LA QUEUE DU SERPENT

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Le Serpent a deux parties
Du genre humain ennemies,
Tête et queue ; et toutes deux
Ont acquis un nom fameux
Auprès des Parques cruelles ;
Si bien qu’autrefois entre elles
Il survint de grands débats
Pour le pas.
La tête avait toujours marché devant la queue.
La queue au Ciel se plaignit,
Et lui dit :
Je fais mainte et mainte lieue,
Comme il plaît à celle-ci.
Croit-elle que toujours j’en veuille user ainsi ?
Je suis son humble servante.
On m’a faite Dieu merci
Sa sœur, et non sa suivante.
Toutes deux de même sang
Traitez-nous de même sorte :
Aussi bien qu’elle je porte
Un poison prompt et puissant.
Enfin voilà ma requête :
C’est à vous de commander,
Qu’on me laisse précéder
À mon tour ma sœur la tête.
Je la conduira si bien,
Qu’on ne se plaindra de rien.
Le Ciel eut pour ces vœux une bonté cruelle.
Souvent sa complaisance a de méchants effets.
Il devrait être sourd aux aveugles souhaits.
Il ne le fut pas lors : et la guide nouvelle,
Qui ne voyait au grand jour,
Pas plus clair que dans un four,
Donnait tantôt contre un marbre,
Contre un passant, contre un arbre.
Droit aux ondes du Styx elle mena sa sœur.
Malheureux les États tombés dans son erreur.

Source : Édition Barbin et Thierry (1668-1694) – Livre VII. Texte modernisé.

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