LA FORTUNE ET LE JEUNE ENFANT

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Sur le bord d’un puits très-profond,
Dormait étendu de son long
Un Enfant alors dans ses classes.
Tout est aux Écoliers couchette et matelas.

Un honnête homme en pareil cas
Aurait fait un saut de vingt brasses.
Près de là tout heureusement
La Fortune passa, l’éveilla doucement,
Lui disant, Mon mignon, je vous sauve la vie.
Soyez une autre fois plus sage, je vous prie.
Si vous fussiez tombé, l’on s’en fût pris à moi :
Cependant c’était votre faute.
Je vous demande en bonne foi
Si cette imprudence si haute
Provient de mon caprice ? Elle part à ces mots.
Pour moi j’approuve son propos.
Il n’arrive rien dans le monde
Qu’il ne faille qu’elle en réponde.
Nous la faisons de tous Échos.
Elle est prise à garant de toutes aventures.

Est-on sot, étourdi, prend-on mal ses mesures ;
On pense en être quitte en accusant son sort.
Bref la Fortune a toujours tort.

Source : Édition Barbin et Thierry (1668-1694) – Livre V. Texte modernisé.

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