JUPITER ET LE MÉTAYER

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Jupiter eut jadis une ferme à donner,
Mercure en fit l’annonce ; et gens se présentèrent,
Firent des offres, écoutèrent :

Ce ne fut pas sans bien tourner.
L’un alléguait que l’héritage
Était frayant et rude, et l’autre un autre si.
Pendant qu’ils marchandaient ainsi,
Un d’eux le plus hardi, mais non pas le plus sage,
Promit d’en rendre tant, pourvu que Jupiter
Le laissât disposer de l’air,
Lui donnât saison à sa guise,
Qu’il eût du chaud, du froid, du beau temps, de la bise,
Enfin du sec et du mouillé,
Aussitôt qu’il aurait bâillé.
Jupiter y consent. Contrat passé ; notre homme
Tranche du Roi des airs, pleut, vente et fait en somme

Un climat pour lui seul : ses plus proches voisins
Ne s’en sentaient non plus que les Américains.
Ce fut leur avantage ; ils eurent bonne année,
Pleine moisson, pleine vinée.
Monsieur le Receveur fut très-mal partagé.
L’an suivant voilà tout changé,
Il ajuste d’une autre sorte
La température des Cieux.
Son champ ne s’en trouve pas mieux,
Celui de ses voisins fructifie et rapporte.
Que fait-il ? Il recourt au Monarque des Dieux :
Il confesse son imprudence.

Jupiter en usa comme un Maître fort doux.
Concluons que la Providence
Sait ce qu’il nous faut, mieux que nous.

Source : Édition Barbin et Thierry (1668-1694) – Livre VI. Texte modernisé.

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