QUELQUES CHIFFRES

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Terront est sorti vainqueur du match bien connu sous le nom de Match Terront-Corre, après avoir couvert mille kilomètres en 41 heures 58 minutes 52 secondes et 4/5.

Une parenthèse, s. v. p.

(Quelques lecteurs non initiés m’ont écrit de province pour me demander une lueur sur cette expression couvert. Pourquoi dit-on il a couvert au lieu de il a parcouru ?

L’explication est assez piquante :

C’est M. Porel, l’intelligent ex-directeur de l’Éden, de son vrai nom Parfouru, qui a obtenu des autorités cyclistes qu’on remplaçât le mot parcourupar le mot couvert, cela pour éviter des confusions toujours regrettables.

Fermez la parenthèse, s. v . p.)

Comme je n’avais rien à faire ce matin, je me suis livré à quelques calculs.

1,000 kilomètres en 41 heures 58 minutes 52 secondes 4/5, cela met le kilomètre à 19 secondes et 12 tierces (la tierce est une mesure assez peu usitée dans la vie courante, qui correspond à un soixantième de seconde), et le mètre à 1 tierce et quelque chose.

Je n’ai pas poussé jusqu’au millimètre, ce calcul me semblant oiseux. Il faudrait, en effet, être bien bizarre pour tenter jamais le record du millimètre.

Cette jolie allure, fort honorable pour un cycliste, devient presque ridicule si on la rapproche de la vitesse de la lumière (77,000 lieues à la seconde).

Il est bon d’ajouter que la lumière se livre à un entraînement de chaque instant depuis les premiers jours de la création (ce qui ne la rajeunit pas), alors que Terront ne pratique la bicyclette que depuis une quinzaine d’années.

Théoriquement, Terront devrait faire le tour du monde en soixante-dix jours. (Enfoncé, mon vieux Jules Verne !)

Dans la pratique, il faudrait en rabattre, la surface du globe étant sensiblement plus raboteuse que la piste du Vélodrome du Champ de Mars.

Et, à ce propos, laissez-moi, je vous prie, émettre un vœu qui trouvera son écho dans le cœur de tous les recordmen.

Maintenant qu’il n’y a plus de roulages, de diligences, de voitures de poste, les grandes routes de France n’ont plus cette vive animation qui les rendait si pittoresques dans le temps.

Même les voleurs de grand chemin sont disparus : les uns, habitués au plein air, exercent la profession de pickpocket sur les champs de course ; les autres se sont adonnés à la haute banque.

La pratique de plus en plus répandue du cycle, tend à rendre à nos routes nationales leur activité de jadis.

Messieurs des ponts et chaussées ne pourraient-ils pas appliquer, à l’entretien des routes, des procédés plus cléments aux vélos ?

Le caillou, fraîchement cassé, excellent pour la roue du camion ou de la patache, ne vaut rien pour le caoutchouc de nos machines, rien du tout.

Ah ! si j’étais le gouvernement !

Source : Alphonse Allais. Le Parapluie de l’escouade. Paul Ollendorff, 1893.

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